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La biscotte de Proust

  • Il est 2h30 du matin

    J'ai revomi. J'ai des bouffées de chaleur. J'ai les yeux grand ouverts. La lapinette dort en se blottissant contre moi. Le balisto dort dans son lit j'espère qu'il ne fera pas pipi au lit. Je ne sais pas comment on va s'en sortir. Je ne sais pas si je sais faire. Je ne sais plus rien. Je ne sais pas quand est ce que cette boule arrêtera de m'oppresser le thorax et l'estomac, si ça s'arrêtera un jour ou est ce que je vivrais éternellement avec la peur au ventre.

    Il est 2h38, je ne sais pas si je redormirai un jour, quel sera le médicament approprié celui qui me permettra une façade professionnelle et une santé correcte pour que les enfants souffrent le moins possible.

    Moi je souffre c'est atroce. Je savais ce qu'était la dépression je venais d'en sortir je sais ce qu'est l'anxiété, l'angoisse la plus pure d'un avenir que je n'ai jamais osé imaginer surtout pour les enfants. Être un torchon face à la marée et tenter de tenir pour les deux plus belles merveilles de ma vie.

    Pleurer puis ne plus arriver à pleurer, toujours cette boule au ventre. Laisser le couloir allumé, sentir la main tiède de lapinette sur ma cuisse.

    Moi toute seule où vais je vous emmener mes chéris, comment je vais réussir à vous laisser une enfance insouciante celle que vous méritez. Je vous aime tellement fort.

    Mon père d'ailleurs m'a dit je t'aime je crois que c'est la première fois. C'est drôle cette façon de papa de protéger leur fille.

    Papa ce mot qui me crève le coeur quand le balisto pleure et fait une colère et exprime qu'il n'est pas content que lui voulait avoir son papa et sa maman dans la même maison, pleurer avec lui, ne pas pouvoir s'empêcher et la lapinette pétillante mature qui toujours lui trouve les mots. Jusque quand tiendra t elle ? Elle paraît si grande d'un seul coup à tout comprendre et à le reformuler avec ses mots de grande de 7 ans. Sans tristesse sans rien juste que c'est des histoires de grand qu'elle n'aime pas trop que sa maman soit triste mais comme elle aime pas pleurer elle se cache la tête dans un coussin si elle me voit pleurer. Et elle s'endort paisiblement, elle est géniale.

    Et ce petit balisto que ça dépasse, tout petit trop petit pour ces conneries. Vouloir le réconforter mais ne pas pouvoir les mots ne peuvent pas être plus forts que ce qu'il voit ce qu'il ressent que c'est la grosse merde que tout est bancal qu'on ne sait plus rien sur quoi sur qui on peut compter.

    Être au fond du trou avoir été jetée dans le précipice et cette angoisse toujours qui me saisit.

    Il est presque 3 heures vais je vomir l'aspirine que j'ai bu juste avant ou vais je dormir un petit temps.

    Je ne sais pas



  • Sunny days

    L'été est arrivé et j'ai le moral dans les chaussettes. Mais bien comme il faut. Les idées sont confuses, je ne sais pas exactement ce qui me mine, je ne sais pas trop ce qui me stresse vraiment, mais je ne suis pas bien. Comme évidemment j'ai un peu chaud en dormant, je ne me repose pas trop trop bien ce qui veut dire que je n'arrive pas à enchaîner des nuits de 12h qui de toute façon avec deux marmots qui commencent à se disputer ou à jouer bien trop fort dès potronminet n'est pas trop envisageable. Il faut dire que la Lapinette a été particulièrement chiante ce week-end, toujours sur le dos de son frère, qui forcément au bout d'un moment en a ras la casquette donc chouine plus mon humeur maussade. Bref, c'est la loose.

    Je suis dans cet entre deux. Le pire c'est que j'aurais pu profiter de cette semaine entre deux jobs mais non il a fallu que les cons de l'ancien se réveille et me pourrisse bien comme il faut la dernière semaine. Ce qui fait que j'ai démissionné mais j'ai la grave impression d'avoir été virée. Reste à savoir si déjà ils me fileront mon salaire, les joies de la fonction publique, la vaseline n'est pas incluse. Le prochain taf me paraît encore irréel vu que je n'ai même pas signé mon contrat, juste une jolie promesse d'embauche, ce qui est suffisant mais comme les cons de l'ancien taf m'ont bien énervé, je suis juridiquement très à cheval.

    Evidemment l'appart du Village n'est ni vendu ni loué et c'est kiki doit s'en occuper ? c'est bibi. Ca ne m'angoisse pas un brin c'est bien connu.

    Rajoutons à ça qu'en Provence, ils ont décidé que l'école était finie depuis la semaine dernière donc on peut toujours y mettre ses gamins mais on sait qu'ils ne feront rien et ne rien faire en Provence finit toujours par se faire taper dessus dans la cour récré par un minot élevé à la sauce provençale. Ca me donne vraiment très très envie de les mettre à l'école. La Lapinette, je ne me pose pas la question étant donné qu'à la maison elle tourne comme un lion en cage, autant s'en débarrasser. Mais bien sûr, elle devient jalouse quand elle découvre que son frère est resté à la maison seul avec maman ou que même on a invité le meilleur copain du Balisto. Bordel ça s'arrête quand cette putain de jalousie et de comparaison permanente ??

    Bref, tout m'énerve, j'ai chaud, je me gratte partout, je ne vais pas bien, tout me soûle et je ne sais pas quand ça va passer.

     

    GRRRRRR.

  • 8

    Mon ange,

    Nous sommes le 2 juin déjà. Tout à l'heure, après quelques heures de sommeil, j'irai travailler pour la 1ère fois depuis 8 ans.

    Il y a 8 ans, tu es venue puis tu es partie.

    Il y a 7 ans, ta soeur venait d'arriver, j'étais dans ma chambre de maternité, j'ai rencontré l'anesthésiste de garde pour me calmer d'une crise d'angoisse. Les infirmières de garde ont juger bon de me tenter de me culpabiliser de pleurer devant ta soeur. A 4 jours, elle connaissait déjà ton prénom.

    Il y a 6 ans, je ne travaillais pas le mercredi, j'étais en temps partiel pour rester avec ta soeur le mercredi.

    Il y a 5 ans, j'étais en arrêt maladie car être enceinte et travailler et donc avoir des relations sociales étaient impossibles pour moi. Ton frère était en route.

    Il y a 4 ans, je venais de quitter l'Enterpraïllze officiellement sans y avoir mis les pieds depuis l'année d'avant.

    Il y a 3 ans, c'était un dimanche. Ma première année de formation de mon nouveau métier allait se terminer, c'était un enfer, j'étais plus que sur la sellette, on sait toi et moi comment ça s'est fini et c'est bien mieux comme ça.

    Il y a 2 ans, ton frère était au jardin d'enfants, ta soeur à l'école, et moi j'avais posé un jour de repos lors de mon stage auprès des enfants placés. La directrice du jardin d'enfants m'a appelé car les professionnelles n'avaient pas compris que je puisse exprimer librement à mon fils que j'allais voir sa grande soeur au cimetière. Bien sûr, lui ne parlait pas mais il connaissait ton prénom.

    Il y a un an, j'avais fini ma formation, je passais mes derniers exams, on a mangé au resto indien du père lachaise avec ton père comme toujours quand on y va et c'était chouette. Le prix de la rose blanche avait encore augmenté, il faisait encore beau et on pensait encore à toi.

    Aujourd'hui, je vais aller travailler 3 petites heures dans un boulot que je vais bientôt quitter mais qui me plaît. Je commence chez mon futur employeur le 1er juillet. 

    Il y a 3 jours, ta petite soeur, j'allais dire grande, m'a demandé ce qu'étaient les stries violettes sur mon bidon. J'ai expliqué que 3 petits bébés avaient pris beaucoup de place dans mon ventre et que ça avait fait des vergetures. Et j'ai pas réfléchi. Par contre, ton frère et ta soeur, si. Et ils ont dit, parce que maintenant ils savent très bien (et beaucoup) parler : Pas trois, maman, mais deux. Alors j'ai répondu : Si, si, trois. Et je leur ai dit que tu étais venue, que tu étais partie parce que c'était la vie, ça arrivait. Ca ne les a pas choqué, ils connaissaient ton prénom.

    Et il y a quelques heures, ils ont demandé à voir ta photo. Ils t'ont trouvé belle. Ils ont trouvé ça vachement rigolo d'avoir eu une grande soeur. On leur a expliqué que nous, on avait trouvé ça vachement moins rigolo que tu sois partie. Eux, ils s'en foutaient, ils riaient. De leur bêtise, de leur ignorance d'enfant de 4 et 7 ans.

    Alors cette année, je vais essayer que le 2 juin, ça soit la journée du rire, du sourire, de l'ignorance d'enfant.

    Parce que même si je pleure quand j'écris ça, je ne te revaudrai jamais ce que tu m'as donné en étant ma fille, mon ange. Avec toi, j'ai découvert l'amour, celui qui te transperce le coeur tellement il t'emplit de joie et te fait mal en même temps, je suis devenue maman, je suis devenue moi et je suis restée moi.

    Il n'y a vraiment pas de mot pour te dire ô combien je t'aime et que vous, mes 3 enfants, vous êtes les plus belles merveilles de ma vie.